L’histoire du vrai Sherlock Holmes
By Nota Bene
Summary
Topics Covered
- Doyle applique Holmes dans la vraie vie
- Myopie innocente Edalji la nuit
- Preuves policières démontées méthodiquement
- Racisme expose failles judiciaires
- Témoin myope et alibi contredisent Slater
Full Transcript
Tolkien, Lewis, Lovecraft… Ces noms, vous les connaissez bien. Ce sont des monuments de la littérature, de la fantasy, et du fantastique, qui ont inspiré de très nombreuses œuvres dans des domaines comme le jeu vidéo ou le cinéma.
[Voix off] Non, je suis ton père !
[Ben] C’est vraiment des auteurs incroyables, qui ont su nous transporter dans des univers bien particuliers, qui avaient leur patte, reconnaissable entre mille, et qui savaient tenir le lecteur en haleine. Et parmi tous ces auteurs qui nous ont fait rêver et nous font rêver encore, il y en a un qui n’a pas usurpé sa place au panthéon des meilleurs,
et dont je vais vous parler aujourd’hui, parce qu’il a une vie aussi extraordinaire que ses livres : Sir Arthur Conan Doyle ! Mais si vous savez là, le type qui a créé un petit détective là, qui mérite d'être un peu connu ! On ne parle pas d’un petit joueur, on est dans la cour des grands, parce que le créateur de Sherlock Holmes a marqué tout un pan de
la littérature. Et plus que ça, il a carrément résolu de vraies enquêtes dans la vie réelle !
la littérature. Et plus que ça, il a carrément résolu de vraies enquêtes dans la vie réelle !
Arthur Conan Doyle s’est littéralement projeté dans son personnage, et ça, c'est quand même la classe !
*Musique* De son nom tout à fait complet Arthur Ignatius Conan Doyle, le futur auteur naît à Édimbourg en 1859. Grâce à des oncles fortunés, il a la possibilité d’aller faire des études en Angleterre
en 1859. Grâce à des oncles fortunés, il a la possibilité d’aller faire des études en Angleterre et en Autriche, avant de revenir à la faculté de médecine d'Édimbourg. Dans le même temps, il commence à écrire quelques nouvelles. Arthur Ignatius Conan devient docteur en médecine en
1885. Il s’installe comme généraliste, et l’activité démarre doucement le temps
1885. Il s’installe comme généraliste, et l’activité démarre doucement le temps qu’il se constitue une patientèle. Il a donc tout le temps de se mettre à l’écriture.
Et c’est ainsi qu’il signe en 1886 "A study in scarlett", traduit en français sous le titre "Un crime étrange". Une intrigue policière racontée par un médecin, le docteur Watson, et qui met en scène
crime étrange". Une intrigue policière racontée par un médecin, le docteur Watson, et qui met en scène pour la première fois un détective privé du nom de Sherlock Holmes. Mais ce Sherlock, il n’est pas au cœur de l’histoire, et Doyle n’imagine alors pas que l’association Watson-Holmes est appelée à durer.
Il rédige la nouvelle en moins d’un mois, et il peine à la faire publier. L’œuvre ne connaît qu’un succès mitigé en Grande Bretagne, mais elle trouve plus son public aux États-Unis. Et c’est suffisant pour que Doyle imagine d’autres aventures pour son duo. En quelques années, la figure du détective de Baker Street devient un phénomène littéraire mondial. Le succès de Sherlock Holmes est tel
qu’il finit par envahir Doyle, qui en vient à demander un prix exorbitant pour ses récits, avec pour seul résultat de devenir l’auteur le mieux payé du monde. Il va alors plus loin et met en scène la mort d’Holmes, avant de céder aux lecteurs dix ans plus tard et de lui écrire de nouvelles aventures jusqu’en 1927.
[Extrait] Messieurs, dites "ouistiti" !
[Ben] Arthur Conan Doyle, parce que bon Ignatius à chaque fois ça fait long, a également été footballeur et boxeur amateur, ainsi que juré dans des concours internationaux de culturisme, ou encore une figure éminente du mouvement spiritiste du début du 20e siècle, parce qu’il était convaincu de l’existence des fées sur la base de photos truquées.
On n’est pas sûr que Sherlock Holmes serait très fier de son papa sur ce coup là… Mais bon, on a tous nos petits travers ! On pourrait développer tous ces éléments biographiques avec beaucoup de plaisir, mais c’est pas le sujet du jour.
Ce qui nous intéresse aujourd'hui, c’est la carrière de Conan Doyle lui-même comme… détective !
Puisqu’il avait imaginé un enquêteur exceptionnel, doté d’un sens de l’observation extrêmement affûté, et d’une capacité de détection hors du commun, puis créé pour lui des mystères particulièrement retors à éclaircir, beaucoup de lecteurs pensaient que Conan Doyle lui-même possédait au moins une partie des qualités de son personnage. Ah ouais tiens, c’est pas con ça !
"Benjamin Brillaud, créateur de Nota Bene, était particulièrement fort et musclé.
Doté d’une capacité rare d’analyse, il avait fait fortune dans la vente illégale de d…” Excusez moi, je m’égare !
Pensant que Conan Doyle lui-même possédait au moins une partie des qualités de son personnage donc, l’écrivain recevait un nombre significatif de sollicitations pour se pencher sur des affaires criminelles, de la part de victimes qui demandaient justice, ou de condamnés clamant leur innocence, et qui considéraient que la police était défaillante.
Bon, en général, Doyle ignorait ce genre de requête. Mais en 1906, peut-être parce qu’il vient de perdre sa femme, et qu'il a besoin de se changer un peu les idées, eh bien il va accepter de se pencher sur l’affaire George Edalji.
[Extrait] C'est en résolvant des énigmes que vous gagnez votre vie ?
Je suis détective consultant. Oh !
*Musique* George Edalji, c'est le fils de Sharpurji Edalji. Originaire d’Inde, Sharpurji Edalji s’est converti au christianisme au point de devenir pasteur. En 1875, il est ainsi nommé vicaire de la paroisse de Great Wyrley, dans le Staffordshire (le coin de Birmingham).
Il s’y installe avec son épouse tout ce qu’il y a de plus anglaise, et il commence son office. Et c’est
là que naît leur fils George l’année suivante. Pour ce qu’on en sait, les premières années du du révérend Edalji se passent plutôt bien. Mais en 1892, il commence à recevoir des lettres anonymes de menaces. Dans le même temps, d’autres prêtres des environs reçoivent eux des lettres d’injures, qui pour le coup sont signées… d’Edalji lui-même. Fausse signature, mais vraie bonne ambiance !
La police du Staffordshire est saisie, elle mène l’enquête, et son chef George Anson arrive à la conclusion que l’auteur de toutes ces lettres n’est autre que le fils du pasteur, George Edalji.
Un avis que la famille Edalji ne partage pas du tout, mais l’enquête et l’affaire ne vont pas plus loin. Et
ça n’empêche pas George de mener ses études et d’aller s’installer comme avocat à Birmingham.
Pendant une dizaine d’années, rien à signaler. Mais en 1903, Great Wyrley est secoué par des faits divers sordides. Des animaux, chevaux et bétails, sont retrouvés mutilés. Plus troublant encore, l’auteur d’une nouvelle série de lettres anonymes menace de
mutilés. Plus troublant encore, l’auteur d’une nouvelle série de lettres anonymes menace de s’en prendre de la même manière à des femmes. La police du Staffordshire est évidemment saisie, et c’est à nouveau le chef George Anson qui mène l’enquête. Et il considère encore George Edalji, qui vit toujours chez ses parents, comme suspect. Six policiers sont détachés pour surveiller la
maison familiale. Quelques jours plus tard, un poney est retrouvé éventré au petit matin,
maison familiale. Quelques jours plus tard, un poney est retrouvé éventré au petit matin, et Anson décide d’une perquisition chez les Edalji, alors que George est au travail. Les
enquêteurs saisissent un pantalon et des chaussures maculés de boue, ainsi qu'un rasoir, et des vêtements qui sont à la fois tachés de sang et présentent des poils de cheval.
Autant d’éléments qui semblent justifier un interrogatoire de George Edalji, qui est arrêté dans la foulée, puis inculpé. Il y a pourtant des témoignages qui confirment la présence de George loin de la scène du crime pendant la soirée qui a précédé la découverte du corps, avant qu’il ne rentre dormir chez ses parents. Domicile où en plus il partage la chambre de son père, qui a l’habitude de la fermer à clé pendant la nuit.
Ce qui, soyons honnêtes, peut paraître un peu bizarre, mais c’est un autre sujet.
Autre élément en faveur de George Edalji : comme on l’a dit, la maison familiale était sous surveillance policière. Ce qui signifie qu’il serait passé sous le nez des agents pour partir commettre son crime, puis à nouveau au retour. À l’inverse, trouver de la boue et des poils de chevaux sur les vêtements de quelqu'un qui habite à la campagne en 1903 peut avoir de nombreuses explications tout à fait normales. Mais la police campe sur ses
positions. George Edalji est jugé pour cruauté sur animaux et déclaré coupable en octobre 1903.
positions. George Edalji est jugé pour cruauté sur animaux et déclaré coupable en octobre 1903.
En dépit de nombreuses protestations et pétitions, qui dénoncent une enquête bâclée et des relents de racisme, il se retrouve en prison et sa carrière d’avocat est ruinée. Alors même qu’il y a encore une mutilation pendant qu’il est incarcéré, George Edalji ne retrouve la liberté qu’en 1906.
*Musique* Il décide alors de tout faire pour prouver son innocence. Et c’est ce qui le conduit à faire appel à ce qu’il y a de mieux après Sherlock Holmes : le père de Sherlock Holmes !
Après avoir pris connaissance de la version des faits d’Edalji, l’auteur accepte de l’aider dans l’espoir qu’il puisse non seulement être innocenté, mais également recevoir une compensation et reprendre son métier. Et il commence par écrire au chef de la police George Anson pour lui poser des questions, pour obtenir des précisions, discuter les investigations réalisées par la police, ou encore proposer des théories alternatives.
Et c’est un écrivain le type ! Il sait y faire ! Je veux dire par là que il va lui écrire beaucoup, quasiment tous les jours, au point qu’Anson se plaint d’être harcelé, et qu’on peut clairement le dire, entre eux, les relations deviennent un peu tendues.
Doyle va ensuite à la rencontre de George Edalji et remarque d’emblée quelque chose.
Comme son train a un peu de retard, Edalji l’attend en lisant son journal. Or, il le tient très près de son visage. L’auteur réalise ainsi qu’il est sévèrement myope, et astigmate. Ce qui rend déjà peu probable qu’il ait commis ce dont on l’accuse en pleine nuit.
astigmate. Ce qui rend déjà peu probable qu’il ait commis ce dont on l’accuse en pleine nuit.
Elémentaire, mon cher Doyle ! En plus, les problèmes de vue d’Edalji lui donnent un regard singulier et fuyant, qui peut éveiller les soupçons. Ensuite,
Doyle passe en revue les preuves recueillies contre son « client ». Il
y a d’abord les vêtements tachés de boue. L’écrivain les examine, et en tire une conclusion qui rendrait fier son personnage : cette boue est d’un type différent de celle de la scène de crime.
Ensuite le rasoir, qui est censé avoir été utilisé pour tuer le pauvre poney. Ce dernier ne présente aucune tache de sang. Troisième pièce considérée comme à conviction, les vêtements tachés de sang justement, et sur lesquels on a retrouvé des poils de cheval. Eh bien il s’avère que la police les a utilisés pour envelopper un prélèvement fait sur le corps du poney. Pas étonnant donc
qu’ils présentent ces caractéristiques. Doyle ajoute en outre que même si « un expert des plus doués » allait éventrer un poney au milieu de la nuit, il reviendrait certainement avec plus que quelques gouttes de sang sur ses vêtements. Autrement dit, pour Conan Doyle, non seulement la culpabilité d’Edalji n’est pas prouvée, mais en plus, elle est tout à fait improbable.
Et il est bien possible qu’aux yeux de la police et de son chef, son crime soit surtout d’être d’origine indienne. Holmes, pardon Doyle, compile toutes ses observations et conclusions, et il les
d’origine indienne. Holmes, pardon Doyle, compile toutes ses observations et conclusions, et il les envoie au journal Daily Telegraph. Il précise que c’est un article libre de droits, ce qui signifie que tous les journaux qui le souhaitent peuvent le reprendre. Et le 9 janvier 1907, le Daily Telegraph publie ainsi "L’Affaire George Edalji – une enquête spéciale par Sir Arthur Conan Doyle".
Bien évidemment, l’article est relayé partout, et c’est tout le pays qui se met à lire cette nouvelle aventure. Pendant ce temps, Doyle continue à bombarder le chef George Anson de lettres pour appuyer ses arguments, et dénoncer le racisme de la police du Staffordshire, au point de s’attirer une réponse agacée de ce dernier. Il reçoit même une lettre anonyme qui confirme qu’Edalji est coupable,
et qui lui intime d’arrêter de chercher des problèmes, « sinon ». Une lettre dont l’analyse des archives de George Anson plusieurs années plus tard montrera qu’elle venait de lui.
Il devait vraiment être au bout de sa vie le gars… Une deuxième lettre anonyme est envoyée à Doyle.
Elle mentionne l’école d’Edalji. L’auteur s’y rend, et y mène l’enquête. Le maître
d’école lui parle d’un ancien élève, Royden Sharp, qui aurait pu en vouloir à Edalji.
Un élève violent, au point d’être expulsé, et qui est devenu depuis… boucher. Il a même été vu en train d’exhiber un couteau vétérinaire. Non seulement Doyle va innocenter George Edalji, mais en plus, il reprend toute l’enquête et trouve un suspect intéressant. En parallèle,
l’écho de son article a convaincu le Ministère de la Justice de créer une commission pour réexaminer la condamnation d’Edalji. Et en mai 1907, il est innocenté.
Cependant, il ne reçoit aucune compensation, ce qui provoque la colère de Doyle. Mais le barreau l’autorise à reprendre ses activités d’avocat. Mieux, au-delà de l’affaire Edalji, le retentissement qu’elle a eu auprès de l’opinion va convaincre le gouvernement de mettre en place une cour d’appel criminelle la même année. Conan Doyle a démontré qu’il possédait de réelles
capacités d’enquêteur, il a permis à Edalji d’être innocenté, et de retrouver son travail, et a même poussé une réforme du système judiciaire britannique. Plutôt pas mal pour un écrivain ! Alors évidemment,
un tel succès appelait une suite, et tout comme Emile Zola, eh bien Doyle quelques années plus tard va jouer un rôle éminent dans un dossier qu'on surnomme « l’affaire Dreyfus écossaise ».
*Musique* Les Adams vivent au 14e étage de l’immeuble Queens Terrace, et vers 19h, ils entendent comme le bruit d’une chute, puis trois coups sourds qui viennent de l’appartement au-dessus. Il est occupé par Marion
Gilcrist, une demoiselle de 82 ans qui a accumulé une collection de bijoux de grande valeur, ainsi que sa femme de chambre. Arthur Adams monte voir ce qui se passe. Il sonne, il entend du bruit, mais personne ne répond. Quand il retourne chez lui, ses sœurs lui demandent d’insister.
Il remonte, et il est rejoint devant la porte par la femme de chambre de Marion Gilcrist, Helen Lambie, qui était sortie acheter le journal. Ils croisent également dans l’escalier un homme qu’ils ne connaissent pas. Et une fois entrés dans l’appartement, ils découvrent le corps de Marion Gilcrist, morte après avoir reçu un violent coup sur la tête. Les
papiers de la vieille dame ont été fouillés, et un de ses bijoux, une broche de diamants, a été volé.
Là on est clairement sur une partie de Cluedo grandeur nature.
Cinq jours plus tard, la police tient une piste. Oscar Slater est un juif allemand du quartier, connu de la justice pour des jeux clandestins. Il vient de déposer une broche de diamants auprèÉ d’un prêteur sur gages, avant de partir vers les Etats-Unis sous un faux nom. Un beau suspect donc. Slater est arrêté à New York, et une procédure d’extradition est
lancée. Mais le suspect indique que ce n’est pas nécessaire, et il propose de son plein gré de revenir
lancée. Mais le suspect indique que ce n’est pas nécessaire, et il propose de son plein gré de revenir à Glasgow pour prouver son innocence. Soit c’est le coupable le plus sûr de lui, soit il y a un truc… Deux éléments plaident en sa faveur. Numéro un,
des témoins attestent de sa localisation au moment du meurtre, et c’est dans un lieu bien connu. Numéro deux surtout, la broche qu’il a déposée n’est pas celle volée à la victime.
connu. Numéro deux surtout, la broche qu’il a déposée n’est pas celle volée à la victime.
Et pourtant, la police reste convaincue de sa culpabilité. En insistant un peu auprès d’eux, trois témoins, dont la femme de chambre, disent que Slater est l’homme qui a quitté l’immeuble de Mlle Gilcrist. Et par ailleurs, il a un casier judiciaire, et il possède un marteau dont les enquêteurs pensent qu’il est l’arme du crime. Et tout ça est suffisant pour que Slater soit condamné
en 1909. Condamné à mort. Ses avocats parviennent de justesse à faire commuer
en 1909. Condamné à mort. Ses avocats parviennent de justesse à faire commuer la peine en travaux forcés à vie, et ça deux jours seulement avant l’exécution. C’était
moins une ! Et puis ils contactent Doyle, et le détective Conan reprend du service.
Doyle mène ses investigations, et il en tire un texte court, "L'Affaire Oscar Slater", qu’il publie le 19 août 1912, et qui connaît trois éditions entre 1912 et 1914. Et sans surprise, l’écrivain-enquêteur conteste la culpabilité de Slater. Il commence d’ailleurs en écrivant qu’il est difficile de prendre connaissance des éléments qui ont conduit à la déclaration
de culpabilité de Slater sans éprouver une vive insatisfaction vis-à-vis de la procédure, et la certitude morale que justice n’a pas été rendue. Et une fois encore, le créateur de Sherlock Holmes démonte méthodiquement les faits et les pièces qui accusent Slater.
Tout d’abord, s’il a quitté Glasgow sous un faux nom, c’est parce qu’il cherchait à échapper à sa femme, et pas à la police. Il voyageait avec sa maîtresse, et c’est d’ailleurs elle qui possédait la broche qui a été mise en gage pour financer le départ. En plus,
il préparait son départ depuis plusieurs semaines, et nulle part dans ses bagages on ne retrouve les vêtements que portait le suspect. Doyle explique ensuite que Mlle Gilcrist n’avait pas l’habitude de se montrer avec ses bijoux, il n’y avait donc aucune raison que des personnes qui ne la connaissaient pas soient au courant de l’existence de son petit trésor. Elle craignait
pour ce dernier, raison pour laquelle elle avait fait installer deux solides verrous à sa porte, et convenu avec ses voisins du dessous qu’en cas de problème, elle taperait au sol pour les avertir. Conclusion, elle a ouvert de son plein gré à son futur tueur. Elle devait donc
avertir. Conclusion, elle a ouvert de son plein gré à son futur tueur. Elle devait donc le connaître, et il n’y a aucune raison de penser qu’elle et Slater s’étaient jamais rencontrés.
Rajoutons à ça que la femme de chambre Helen Lambie allait chercher le journal tous les soirs, ce qui lui prenait environ 10 minutes. On peut alors penser que le tueur connaissait cette habitude.
Pour ce qui est des témoignages, il apparaît que M. Adams est myope et ne portait pas ses lunettes, et qu’Helen Lambie n’a pas clairement vu le visage de l’homme de l’escalier.
Slater était plus grand et plus âgé que le portrait-robot établi à partir des témoignages, la couleur de ses cheveux ne correspond pas, son nez est droit tandis que celui du suspect était tordu, et les témoins décrivent un homme rasé de près, alors qu’il portait une moustache.
Enfin, le médecin Doyle constate que le marteau de Slater est trop petit et fragile pour avoir provoqué les blessures mortelles, en plus du fait qu’on n’y a retrouvé aucune trace de sang.
Pour couronner le tout, un expert médical qui a examiné la scène de crime signale que l’arme du crime était vraisemblablement un pied de chaise trouvé à proximité de la victime.
Un pied de chaise couvert de sang. On n’est pas enquêteurs, mais là quand même… D’autres éléments viennent conforter la thèse de Doyle. En 1914, un nouveau témoin atteste que Slater était ailleurs au moment du crime. Par ailleurs, la femme de chambre Helen Lambie a mentionné plusieurs noms pour l’homme qu’elle a croisé dans l’escalier, avant d’incriminer
Slater. Enfin, des documents d’enquête montrent que des membres de la famille de la victime
Slater. Enfin, des documents d’enquête montrent que des membres de la famille de la victime se soupçonnent et s’accusent mutuellement. Tout ça, ça fait quand même beaucoup ! Eh bah non, répond la justice, qui ne voit pas de raison de tenir un nouveau procès !
Slater reste donc en prison, et personnellement je trouve ça fou ! En 1925, un détenu libéré de la prison où croupit Slater fait passer un message de ce dernier à Doyle. Un message écrit avec de l’encre résistante à l’eau, et qu’il cache dans sa bouche. Slater demande à l’auteur de ne pas abandonner
le combat. Doyle s’y remet donc. Il sollicite un journaliste de Glasgow, William Park, qui écrit un
le combat. Doyle s’y remet donc. Il sollicite un journaliste de Glasgow, William Park, qui écrit un livre sur l’affaire, et conclut aussi à l’innocence de Slater. Il indique qu’un neveu de la victime s’est disputé avec elle à propos d’un document. Et souvenez-vous, ses documents ont été fouillés… Seulement Park ne peut pas donner le nom de ce suspect dans son livre,
parce qu’il risquerait tout simplement d’être poursuivi pour calomnie. Mais ça n’empêche pas la presse de reprendre ses conclusions. Et dans ce contexte, les témoins qui ont incriminé Slater racontent qu’ils ont été orientés par les enquêteurs. Finalement, le 8 novembre 1927, le secrétaire d’État pour l’Ecosse décide que dans la mesure où Slater a purgé plus de 18 ans de prison,
il peut être libéré sous condition. Mais il n’est pas innocenté. Doyle et d’autres lui avancent les moyens d’engager un nouveau procès. Sur la base de tous les nouveaux éléments mis en avant depuis la première enquête, Oscar Slater est cette fois-ci exonéré, et il reçoit 6 000 livres de compensation.
Tout est bien qui finit bien ! Enfin presque j'ai envie de dire, parce que vu qu’il estime qu’il n’aurait jamais dû être condamné, ce qui est plutôt vrai, eh bien il ne considère pas utile de rembourser ceux qui l’ont aidé. Ce qui est… pas très sympa. En tout cas Doyle le qualifie, je cite, de « personne
l’ont aidé. Ce qui est… pas très sympa. En tout cas Doyle le qualifie, je cite, de « personne la plus ingrate et insensée que je connaisse ». Quant au véritable coupable, eh bien on ne saura jamais. Arthur Ignatius Conan Doyle disparaît le 7 juillet 1930, sans avoir bouclé l’enquête.
jamais. Arthur Ignatius Conan Doyle disparaît le 7 juillet 1930, sans avoir bouclé l’enquête.
L’affaire Slater reste comme l’une des plus grandes erreurs judiciaires de l’histoire écossaise, au moins en partie réparée grâce à l’auteur policier le plus célèbre de son époque.
Pour cette enquête sur l’enquête, j’aimerais remercier Samuel Brémont pour son formidable boulot, ainsi que toute l’équipe qui m’accompagne. Si vous aimez Nota Bene, partagez les épisodes, checkez régulièrement les sorties de la chaîne parce que les plateformes aiment bien nous enterrer au fond des algorithmes. On se retrouve très bientôt, salut !
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