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Pourquoi le travail ne paie plus

By Les Echos

Summary

Topics Covered

  • Pour la première fois depuis 1945, le travail ne permet plus d'améliorer son niveau de vie
  • Sans gains de productivité, pas d'augmentation des salaires
  • Désindustrialisation : la France sanctionnée par la mondialisation
  • Le travail taxé à 46%, l'héritage et la rente beaucoup moins
  • TVA sociale : 20 pays européens taxent moins le travail que la France

Full Transcript

Pendant longtemps, le travail nous promettait une chose : améliorer notre niveau de vie. C'était la base de tout un imaginaire social, l'idée que chaque génération vivrait mieux que la

précédente grâce au travail. Mais

aujourd'hui, ce contrat social se fissure. Le travail ne paye plus.

fissure. Le travail ne paye plus.

Et en fait, c'est la première fois depuis 1945 qu'on est dans cette situation là. Avec une vie entière de

situation là. Avec une vie entière de travail, on ne peut plus espérer augmenter durablement son niveau de vie, changer de classe sociale comme nos parents et grands-parents ont pu le

faire avant nous. Ce constat, vous avez été très très nombreux à le partager sous ma vidéo sur l'héritage. Alors, il

était temps de s'attaquer à cette question : pourquoi le travail ne paye plus ?

Petite précision avant de se plonger dans le sujet. Dans cette vidéo, je vais volontairement laisser de côté les explications de court terme plutôt conjoncturel et me focaliser sur les explications structurelles de long

terme.

Le constat que le travail ne paye plus, on peut le faire grâce à l'INC qui publie les évolutions du pouvoir d'achat depuis 1949. Si on compile ces données

depuis 1949. Si on compile ces données par décennies, ça dessine trois grandes périodes. Première période, les 30

périodes. Première période, les 30 glorieuses. Le pouvoir d'achat des

glorieuses. Le pouvoir d'achat des salariés augmente de 5 % par an en moyenne. Ça veut dire qu'en 15 ans de

moyenne. Ça veut dire qu'en 15 ans de travail, on doublait son niveau de vie.

2è période, après les chocs pétroliers des années 80 à la fin des années 2000, le pouvoir d'achat des salariés augmente de 2 % par an en moyenne. Là, il fallait 40 ans de travail, soit une carrière

entière pour doubler son niveau de vie.

Enfin 3è période après la crise économique de 2008, le pouvoir d'achat stagne. Il augmente de moins d'un % par

stagne. Il augmente de moins d'un % par an. À ce rythme, il faudrait travailler

an. À ce rythme, il faudrait travailler plus de 80 ans pour doubler son niveau de vie. C'est donc impossible et c'est

de vie. C'est donc impossible et c'est une rupture historique.

C'est une nouvelle époque et ça concerne tous les gens qui bossent.

Antoine Fouchet a écrit un essai qui s'appelle sortir du travail qui ne paye plus. que vous soyez dans les 10 % les

plus. que vous soyez dans les 10 % les gens qui gagnent le moins bien votre vie, jusqu'à 1452 € net par mois ou que vous entriez dans les 10 % des gens qui gagnent le mieux leur vie et vous entrez

dans cette catégorie à 4273 € net par mois, les deux ont la même dynamique salariale qui est très faible, inférieure à 1 % par an.

Pour la première fois depuis 1945, toute une génération de Français ne peut plus espérer améliorer son niveau de vie par le travail. Une précision importante, le

le travail. Une précision importante, le pouvoir d'achat des salariés continue à augmenter, il ne baisse pas. Quand on

dit que le travail ne paye plus, vous l'aurez compris, ça ne veut pas dire que les salariés français s'appauvrissent sur le long terme, mais que leur pouvoir d'achat ne progresse plus suffisamment pour mieux vivre. Il y a deux raisons

qui expliquent cette rupture historique.

La première tient en un mot, la productivité.

Si les salaires augmentent moins vite qu'avant, c'est parce que la productivité augmente elle aussi moins qu'avant. La productivité du travail se

qu'avant. La productivité du travail se calcule en divisant la richesse créée par le nombre de personnes qui travaillent. Les gains de productivité à

travaillent. Les gains de productivité à l'échelle macroéconomique, c'est ce qui explique que les salaires augmentent. En

théorie, si un salarié arrive à produire plus ou mieux en autant de temps de travail qu'avant, alors son salaire augmente. Sinon, il n'y a pas de raison

augmente. Sinon, il n'y a pas de raison de l'augmenter. Or, la productivité

de l'augmenter. Or, la productivité stagne. C'est assez compliqué pour les

stagne. C'est assez compliqué pour les économistes de savoir précisément pourquoi les gains de productivité sont si bas, mais on peut quand même dégager des grandes tendances. Dans son livre,

Antoine Foucher retient deux facteurs d'explication : la désindustrialisation et le décrochage de la France en matière de compétences.

La mondialisation, quand on arrête les chichis, c'est juste une redistribution de la production mondiale et les productions les plus rémunératrices, elles vont là où les gens sont mieux formés. Et quand vous avez 25 autres

formés. Et quand vous avez 25 autres pays dans le monde, comme c'est le cas pour la France maintenant où les gens en moyenne les enfants sont mieux formés et les travailleurs sont plus compétents, il y a 24 autres pays qui vous passent devant sur les segments les plus

rémunérateurs.

Les Français ont beau être mieux formés, plus diplômés qu'avant, d'autres pays ont rattrapé et même dépassé la France qui se situe désormais dans la moyenne et non plus parmi les 15 premiers. Dans

le grand jeu de la mondialisation, les salariés français sont devenus des joueurs moyens et ils ont été sanctionnés par une autre pénalité, la désindustrialisation.

Quand vous êtes trop désindustrialisé, vous êtes structurellement un pays euh dans lequel le travail ne paye plus, hein.

À la fin des années 70, quatre personnes sur 10 en France travaillaient dans l'industrie. Aujourd'hui, il y en a plus

l'industrie. Aujourd'hui, il y en a plus qu'une sur 10.

Quel est le rapport entre le poids de l'industrie dans la richesse nationale et le travail qui paye ? C'est la

productivité. rapport, c'est-à-dire que c'est dans l'industrie, dans tous les pays du monde que les salaires augmentent le plus vite parce que c'est là où vous pouvez automatiser la production, c'est là où vous avez des robots, c'est là où vous êtes dépendant

de l'énergie et cetera et cetera. Et

donc quand vous fabriquez des choses à la main et que vous mettez des machines pilotées par des hommes, certes, il y a moins d'emploi derrière, mais la personne qui reste derrière la machine, elle elle produit beaucoup plus que

avant et donc son salaire est susceptible d'augmenter davantage.

L'économie française est devenue une économie de service. Or, c'est plus compliqué d'avoir des gains de productivité et donc de pouvoir d'achat dans les services. En plus, l'économie s'est polarisée. Il y a moins d'emplois

s'est polarisée. Il y a moins d'emplois intermédiaires et plus d'emplois soit très qualifiés et rémunérateurs, soit peu qualifiés et peu rémunérateurs comme aide à domicile, agent d'entretien ou

encore employé de libre services.

Aujourd'hui, en France, 5 millions de personnes, soit un salarié sur 6 occupent un emploi dit peu qualifié. Ces

emplois sont de plus en plus précaires et concernent plus souvent les femmes, les jeunes et les immigrés. une économie

de services dans lesquels les services comme on dit à faible valeur ajoutée sont très présents mécaniquement. Ça ne

peut faire que des salaires qui sont proches du SMIC et qui n'augmentent pas chaque année.

Et ce constat est d'autant plus fort que la France et l'Europe plus généralement sont pour l'instant très largement à la traî dans la nouvelle économie. La tech,

le numérique, il y a générative qui sont à peu près les seuls secteurs de service où il y a des gains de productivité. Et

on peut qu'observer avec euh beaucoup d'inquiétude le fait que les principales entreprises de la tech, sont sur d'autres continents.

Gilberet est prof d'économie à Néoma, il a beaucoup travaillé sur la productivité. Pour lui, le

productivité. Pour lui, le ralentissement de la productivité vient surtout de cette nouvelle économie. On

est au terme des effets de ce qu'on appelle la seconde révolution industrielle qui a traversé le 20e siècle et les gains de de productivité

associé à la 3è révolution industrielle, la diffusion du l'économie digitale et puis maintenant bien sûr l'IA sont encore très faibles au niveau global.

Ces gains de productivité liés aux hautes technologies se font surtout attendre en Europe. C'est toute la différence avec les États-Unis qui a été très documenté notamment dans le rapport

Dragy en 2024. Cet ancien premier ministre italien avait alerté sur le décrochage de l'Europe par rapport aux États-Unis à cause d'un ralentissement plus marqué de la productivité en

Europe. Aujourd'hui, l'Europe a une

Europe. Aujourd'hui, l'Europe a une productivité 20 points plus faible que celle des États-Unis. Et c'est donc dans le domaine des hautes technologies que les cars se creusent la zone euro et les

États-Unis. Résumons. La première raison

États-Unis. Résumons. La première raison pour laquelle le travail ne paye plus, c'est que la productivité n'augmente plus beaucoup. Comme les salaires

plus beaucoup. Comme les salaires dépendent de la productivité, il progressent moins vite qu'avant. En

plus, il y a une deuxième raison pour laquelle le travail ne paye plus en France. La part des salaires que les

France. La part des salaires que les travailleurs touchent sur leur compte en banque est de plus en plus faible.

Vous l'avez sans doute remarqué vous-même en regardant votre fiche de paye. L'écart entre ce que verse votre

paye. L'écart entre ce que verse votre employeur, le super brut et le salaire net que vous recevez sur votre compte est très important. Cet écart, ce sont les prélèvements pour les cotisations

sociales, la CSG, la CRDS et l'impôt sur le revenu. Sur le salaire moyen des

le revenu. Sur le salaire moyen des Français, ça représente 46 % du revenu total. Juste un chiffre, aujourd'hui le

total. Juste un chiffre, aujourd'hui le salaire médian, c'estàd il y a 50 % des gens qui gagnent plus, 50 % des gens qui gagnent moins, c'est un peu plus de 2100 €. Mais quand vous avez sur votre compte

€. Mais quand vous avez sur votre compte en bon 2100 € qui arrivent grâce à votre travail, vous avez dû travailler pour en gagner 3008. Et cet écart là entre 3008

gagner 3008. Et cet écart là entre 3008 et 2100, il a jamais été aussi important. euh c'est euh 6 % de plus euh

important. euh c'est euh 6 % de plus euh queil y a 30 ans et 15 % de plus euh que il y a 50 ans.

Si cet écart augmente, c'est qu'il y a plus de dépenses de protection sociale qu'avant.

Quand on regarde euh comment on dépensait l'argent en 1975 et comment on dépense l'argent en France en 2025, les seules dépenses publiques qui augmentent, c'est uniquement le social.

Bah c'est 11 points de PIB. 11 points de pipe, c'est énorme. C'est 7 points de retraite, 2 points et demi d'assurance maladie et un point et demi de euh solidarité assurance chômage.

Le modèle social français est structurellement déficitaire et il est déséquilibré notamment par le vieillissement de la population. En

plus, la spécificité de la France, c'est que notre modèle social très protecteur et donc très cher repose presque uniquement sur les travailleurs.

33 % de la richesse, on l'a redistribue en modèle social quand voilà dans notre pays. Mais là où euh il y a un effet sur

pays. Mais là où euh il y a un effet sur le travail qui paye plus, il y a pas, j'insiste sur ce point, il y a pas forcément d'effet entre un modèle social protecteur et un travail qui paye plus.

On peut avoir les deux. Nous, notre

modèle social au lieu de le faire financer par différentes sources de revenus, on l'a fait quasi exclusivement financer par les gens qui bossent. Si on

reprend notre écart moyen entre le montant gagné en travaillant et ce qu'un salarié empoche réellement et qu'on le compare avec les autres formes de revenus, la retraite, l'héritage et la

rente, on voit très clairement que sur 100 € de montant perçu, le travail est beaucoup plus taxé que ces autres formes de revenu. Et un travail de plus en plus

de revenu. Et un travail de plus en plus taxé, c'est moins de gain de pouvoir d'achat pour les salariés. Alors,

existe-t-il des solutions pour que les salariés français retrouvent du pouvoir d'achat rapidement ?

Concrètement, il existe tout un tas de propositions pour faire remonter les salaires nets des Français. Je vais vous parler des principales. La première

solution et la plus extrême consisterait à baisser énormément les dépenses sociales qui reposent sur les cotisations. Ça voudrait dire changer en

cotisations. Ça voudrait dire changer en profondeur le modèle social français, la sécurité sociale, la retraite par répartition pour aller vers des modèles à l'anglo-saxonne, moins protecteur et

plus privatisés. Est-ce que c'est

plus privatisés. Est-ce que c'est souhaitable ? Je vous laisse débattre en

souhaitable ? Je vous laisse débattre en commentaire. Une deuxième solution

commentaire. Une deuxième solution peut-être de faire remonter le taux d'emploi. Si on regarde les dépenses

d'emploi. Si on regarde les dépenses sociales par habitant, elles sont moins élevées en France que dans d'autres pays européens comme le Danemark, l'Allemagne ou l'Autriche. Mais si on les regarde en

ou l'Autriche. Mais si on les regarde en pourcentage du PIB, alors la France est championne d'Europe des dépenses sociales. C'est parce que le PIB par

sociales. C'est parce que le PIB par habitant est plus faible en France.

Si en France on augmente fortement le taux les taux d'emploi pour les porter à des niveaux observés par exemple en Allemagne au Pays-Bas et au pays nordique et scandinave, on aurait un

produit intercute très supérieur ce qui spontanément sans changer les taux de prélèvement va vous tirer à beaucoup de rentrées supplémentaires fiscales et sociales pour les finances publiques et

nous permettrait de financer plus aisément la protection sociale en France. Le taux d'emploi des 15-64

en France. Le taux d'emploi des 15-64 ans se situe à 68 % contre 77 % en Allemagne et 82 % aux Pays-Bas. Ce sont

les personnes peu qualifiées, les jeunes et les seniors qui travaillent moins en France qu'ailleurs. Plus de personnes

France qu'ailleurs. Plus de personnes qui travaillent, ça voudrait dire plus de cotisations payées et à terme peut-être des taux de prélèvement plus bas. Enfin, il y a une troisième

bas. Enfin, il y a une troisième solution, c'est que le financement du modèle social français repose moins sur le travail. Pour ça, il faut trouver

le travail. Pour ça, il faut trouver d'autres sources de financement, soit en taxant plus les autres formes de revenu.

C'est ce que défend plutôt la gauche avec la hausse de la CSG ou encore la taxe Zucman.

Faut solliciter plus les gens qui gagnent leur argent autrement qu'en travaillant. Et là, on retombe sur les

travaillant. Et là, on retombe sur les retraités les plus aisés, les héritiers les plus chanceux et les rentiers. parce que je pense qu'on peut même si compris la

rente où l'investissement est taxé en France, tout le monde accordera. Je

pense que c'est moins difficile de gagner son argent en loin des appartements qu'en travaillant.

Une autre manière défendue plutôt par le patronat et la droite consiste à taxer plus la consommation grâce à la TVA.

Vous en avez peut-être déjà entendu parler, c'est la fameuse TVA sociale qui consiste à compenser des baisses de cotisation sociale par des points de TVA supplémentaires.

Parmi les 27 pays de l'Union européenne, on observe qu'environ 20 pays, pas environ d'ailleurs 20 pays, ont des taux de de TVA supérieurs à nos taux de TVA en France. Pourquoi ? parce qu'une

en France. Pourquoi ? parce qu'une

partie de la protection sociale est plus largement financée par la consommation de l'ensemble des agents et ces pays sont par ailleurs des pays moins inégalitaires que la France. Pour

résumer, il n'y a pas de solution de miracle pour que le travail paye à nouveau. Pour gagner plus de pouvoirs

nouveau. Pour gagner plus de pouvoirs d'achat à court terme, il faudrait faire remonter les salaires nets. Ça veut dire revoir la façon dont est financé le modèle social français qui repose sur

les cotisations prélevées sur le salaire des travailleurs. À long terme, ce qui

des travailleurs. À long terme, ce qui compte, c'est la productivité dont les gains augmentent très peu depuis 15 ans à cause de la désindustrialisation et de la compétition internationale sur les

compétences et les hautes technologies.

Merci d'avoir regardé cette vidéo jusqu'au bout. Si vous voulez aller plus

jusqu'au bout. Si vous voulez aller plus loin, je vous glisse en description des liens vers des articles des échos sur ce sujet. Et si vous voulez soutenir notre

sujet. Et si vous voulez soutenir notre travail, n'oubliez pas de vous abonner.

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